Thé ou opium ?

Puisque je décrète à corps et à cri que nous sommes tous libres d’écrire, je vous donne rv ici le vendredi. Aujourd’hui, une tasse de thé à la main, un thé vert du Tibet, le plus haut thé cultivé au monde.

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Histoire d’explorer les phases prise de recul et révolutionnaire du thé.

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Qu’écrire sur le thé ?

  • Des conseils sur comment infuser tout type de thé ? Loin d’avoir fait le tour de cette question, je préfère l’expérimenter en direct dans les séances du Club des Explorateurs de thé
  • Des légendes, de l’histoire
  • De la géographie, de la chimie
  • Voire soyons fous de la médecine du thé ?

Je vais piocher ce qui m’interpelle dans l’histoire du thé, ô combien épique et fascinante, et le partager avec vous en un voyage libre.

Tout d’abord, vu que mon thé préféré, le Puer vient de Chine, un peu d’étymologie, pour le plaisir :

Pour nommer leur pays, les chinois utilisent Empire du Milieu,

En calligraphie traditionnelle, on utilisait les 2 caractères Pays et Milieu :

capture-decran-5= Pays, composé de 囗 =frontière + celui là : 或 = 戈 lance + 一 sol, soit la terre défendue par les armes, la population à l’intérieur d’une frontière, un pays.

Le mot Milieu est représenté par une flèche au milieu d’une cible : 口+丨

Et évoluant jusqu’à nous en caractère simplifié, seul subsiste pour le mot pays, entre ses 4 murs le caractère jade玉 , symbole du roi, soit trésor dans la nation.

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Pays

milieu

Milieu

Mais revenons au titre : mon grand-père paternel que je n’ai pas connu, un juge français au Vietnam, fumeur émérite d’opium, nous voici !

Le thé et l’opium mais quel rapport ?

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Je veux juste savoir que se cache t’il derrière les guerres d’opium…Investigons l’histoire.

opium

Comme son nom l’indique, la Chine se considère au centre du monde. Ceci contient en son germe, son autarcie et les convoitises qui en découlent.

La découverte du monde par les européens est motivée pour des raisons économiques et religieuses.

A l’assaut donc de la riche lointaine Asie.

Les premiers étrangers à avoir fait du commerce avec la Chine sont les Portugais au 16ème siècle, établis à Canton. Ils fondent Macao en 1550.

Suivis de près par les espagnols, installés aux Philippines. Manille nait en 1571.

Aux hollandais l’Indonésie et les russes tracent par la route des lignes intérieures voisines pour réchauffer leur samovar.

Tout est prétexte, n’est-ce pas à boire une tasse de thé…

La Chine, revenons à son traditionalisme/protectionnisme, considère les ancêtres comme sacrés et leurs coutumes parfaites. Il n’est donc pas utile de vouloir changer les usages ni d’être curieux d’autres cultures. Signalons qu’à Canton, en 1757, un édit impérial fixe les règles des échanges, par exemple aucun étranger n’aura le droit d’apprendre la langue chinoise pour limiter les contacts directs.

La BEIC et son immense pouvoir

L’Angleterre a fini d’en découdre avec Napoléon et peut donc se consacrer à son expansion coloniale. Le début du 19ème siècle marque l’âge d’or de la Compagnie des Indes Orientales ou la British East India Company/BEIC, créée en 1600 par la Reine Elizabeth 1. Ce décret royal a conféré à la BEIC le monopole du commerce de l’Océan indien pendant de très nombreuses années.

Pendant presque 3 siècles, elle est une puissance commerciale, administrative et même militaire !

Elle répand la culture du Thé en Inde et l’usage de l’opium en Chine. Toutes deux plantes consommées depuis la nuit des temps, l’une comme médecine et sagesse de la Nature et l’autre pour ses propriétés analgésiques. Et pour la faculté d’échapper au rythme du monde, avec des effets secondaires variables.

C’est bien connu, l’Angleterre et l’Amérique se sont fortement entichées du thé mais aussi de la culture chinoise. C’est la sinomania !

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Mettons de côté son éthique discutable, l’influence de la BEIC, considérable, s’étend de Londres à tous les continents : elle préside à la création des Indes Britanniques et du Raj, s’octroie Hong Kong et Singapour, retient le mégalomane insulaire Napoléon captif à Sainte Hélène et se trouve directement impliquée dans la célèbre Boston Tea Party qui déclenche la guerre d’Indépendance américaine.

Au milieu du XIXe siècle, la domination de la Compagnie s’étend aussi sur la majeure partie de l’Inde, la Birmanie, un cinquième de la population mondiale passe ainsi sous son autorité.

L’Angleterre achète du thé en quantités colossales à la Chine. Elle aimerait l’échanger contre des marchandises récoltées à foison dans ses colonies. Pas question de libre échange pour la Chine, elle vend son thé et n’achète rien.

Qu’à cela ne tienne, si ça ne passe pas par la légalité, les britanniques via les produits illégaux vont renverser ce déséquilibre commercial. Les anglais infiltrent les frontières chinoises d’opium indien. Toutes les couches de la population sont touchées et le commerce en Chine devient rapidement excédentaire au profit des britanniques.

Ce fléau fait réfléchir la Cour de l’Empereur Daoguang « Splendeur de la raison ».

Malgré 3 édits impériaux de prohibition du trafic d’opium, rien ne semble arrêter ce commerce très lucratif. Les mafieux locaux deviennent si puissants qu’ils menacent même les pouvoirs en place et détournent aisément les interdictions.

Perpétuel dilemme : légalisation ou mesures coercitives ?

En 1939, la légalisation est aux oubliettes. Le gouvernement chinois interdit aussi la consommation d’opium, avertit la Reine et demande au Parlement britannique d’en cesser le trafic.

Il confisque tous les stocks d’opium de Canton, ordonne à leurs propriétaires de venir remettre la drogue en échange de thé. Tous les propriétaires étant étrangers, ils doivent aussi renoncer par écrit au commerce avec les Chinois.

En juin 1839, la drogue saisie est détruite. Au grand effroi de 300 sociétés commerciales britanniques, qui réclament une indemnisation ! Et oui…

Les affrontements armés commencent entre navires britanniques et jonques chinoises.

La Chine perdra cette 1ère guerre de l’opium.

Ainsi va le thé, discrètement, accompagnant les dessous de notre histoire. Comme un témoin impassible, il se pose avec nous.

Si ces recherches vous ont plues, partagez-les et rv vendredi prochain pour une autre aventure de thé.

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